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5 - Les coulisses d'un roman, suite ...

Dernière mise à jour : 21 août 2021

À l'instar de mes précédents articles, je vous partage des passages de ma première version qui s'intitulait "Intrigue dans un jardin anglais" et dans laquelle Clara était la narratrice.


Photo de 2012 - La cuisine de Virginia Woolf

Dans cet extrait, Sally raconte à la jeune femme l'une de ses rencontres avec Virginia Woolf :

Sally s’interrompit pour déguster un scone, puis reprit son récit :
— Fermez les yeux Clara, fermez les yeux, nous retournons à Rodmell et rappelez-vous nous sommes en l’année 1934. À cette époque, Mrs Woolf devait avoir dans les cinquante-deux ans. J’avais l’impression d’être transpercée de part en part par son regard, comme si elle avait eu la faculté de voir à travers mon corps. De tout son être se dégageait une rare intelligence. Les mots sortaient de sa bouche avec une facilité et une fluidité incroyable. Mais parfois on aurait dit que trop d’idées se bousculaient en même temps, ce qui avait pour effet de produire de légers couacs, une sorte de bégaiement durant une fraction de seconde, bien vite masqué par une élocution irréprochable. Étonnamment, Virginia Woolf n’avait pas cette prononciation heurtée qui peut apparaître maniérée à l’oreille des Français. Ce jour-là, au milieu de cette nature printanière, saturée de soleil, elle était à la fois joyeuse et détendue. Spontanément, elle me proposa d’aller nous désaltérer. Et comme l’aurait fait une amie de longue date, elle me prit gentiment par le bras, m’entraînant vers la maison, son petit chien, Pinka, sur nos talons.
— Vous vous souvenez même du nom du chien ?
— Oui, parfois des événements de courte durée font du profit pour toute une vie ! D’ailleurs, le nom de ce chien est cité dans la plupart de ses biographies. Bon où en étais-je ?
— Elle vous emmenait vous désaltérer…
— Ah oui ! nous arrivâmes à la cuisine qui se trouvait en contrebas par rapport au jardin. Il fallait descendre quelques marches et une fois à l’intérieur quelques-unes encore. Je me souviens fort bien de ce détail, car mes yeux n’avaient pas eu le temps de s’habituer à la pénombre. C’est ainsi que j’ai failli m’étaler de tout mon long sur le carrelage de sa cuisine.

Dans cet autre extrait, Sally décrit le salon de Monk's House lorsque pour la première fois elle le découvre :




— Son salon était vraiment étonnant. Le mobilier hétéroclite et coloré contrastait avec les tomettes flammées du sol en terre cuite : la table, les dossiers des sièges, les lampadaires, le tissu recouvrant les fauteuils étaient de véritables œuvres d’art sans compter les tableaux accrochés aux murs. J’ouvrais de grands yeux ébahis devant ce décor tellement inhabituel. Avec le recul, je me dis qu’il s’accordait merveilleusement avec le caractère original et fascinant de mon hôtesse.
Sally porta son mouchoir à sa bouche pour s’essuyer.
— Si je ne veux pas avoir la gorge complètement desséchée, une autre tasse de thé serait la bienvenue, ma chère Clara, m’annonça Sally sur le même ton tranquille.
Je lui remplis sa tasse et lui ajouta un nuage de lait selon son goût. Ma vieille amie partie sur sa lancée continua :
— Et dire qu’on lui reprochait son snobisme uniquement parce qu’elle était issue de la haute bourgeoisie intellectuelle ! Je vous assure que son intérieur n’avait rien d’ostentatoire, bien au contraire ! Non, je pense sincèrement que l’on a fait passer sa détermination et son courage pour une attitude qui pouvait paraître hautaine, voire méprisante, alors qu’elle n’était qu’éminemment critique envers la société, dont elle était issue. On la disait démente, et pourtant si cela avait été le cas, comment aurait-elle pu accomplir une œuvre aussi exceptionnelle, si fortement structurée et novatrice ? J’ai dans l’idée qu’il fallait bien l’accuser de quelque chose ; ses écrits dérangeaient énormément les dirigeants de l’époque.

N'hésitez pas à me livrer vos ressentis. J'ai toujours beaucoup de plaisir à vous lire et à vous répondre.


Si vous n'avez pas lu l'article précédent sur le même sujet, il se trouve ici !


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