11 - Les coulisses d'un roman, suite...
- Anne-Marie Bougret
- 29 févr. 2020
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 juin 2021
Dans cet extrait ci-dessous, première version de mon roman "Intrigue chez Virginia Woolf", on retrouve Sally et Clara en pleine discussion :

— Dans « The Room of One’s Own » que je suis en train de relire, Virginia explique pourquoi la prédominance de l’esprit masculin sur l’esprit féminin est dommageable, néfaste même à la création. Voici le passage en question:
L’état normal et satisfaisant est celui où les deux sexes vivent en harmonie et coopèrent dans l’ordre spirituel.*
Elle démontre avec cette théorie que les écrivains qui ne se servent pas suffisamment de leur côté féminin deviennent vite pompeux et ennuyeux. Les femmes qui écrivent, à l’inverse, doivent utiliser leur côté masculin en elles pour ne pas tomber dans les mêmes travers.
Oh ! il y a aussi ce passage qui devrait vous plaire et que j’ai souligné :
L’art de création demande pour s’accomplir qu’ait lieu dans l’esprit une certaine collaboration entre la femme et l’homme. Un certain mariage des contraires doit être consommé. L’esprit tout entier doit s’ouvrir largement et nous devons avoir l’impression que l’écrivain communique son expérience avec une plénitude totale. L’art de création exige la liberté et la paix. *
Voulez-vous que je vous dise ? Ce qu’elle énonce si bien ne concerne pas seulement les écrivains, mais chaque parcelle de vie sur cette Terre.

— Vous avez tout à fait raison ma chère Clara ! Aujourd’hui ma connaissance de la littérature m’amène à considérer la lecture de la production féminine comme une expérience sociologique. Pratiquement tous ces livres ont en commun d’avoir à rectifier ce qui caractérise leurs autrices en tant que femme, peu importe l’époque, la société ou le régime politique sous lequel elles ont vécu. En ce sens elles forment, pour moi, une communauté. Une communauté d’esprit. Quand Virginia dit « je », elle s’inclut dans un « nous » collectif. Elle rejoint par exemple une Mary Wollstonecraft du XVIIIe, mais aussi une « Helen Cixous » du XXe. Ce qui les rassemble n’est pas leur individualité, mais ce cadre, beaucoup plus vaste, qui fait d’elles des individus à part entière : un projet collectif, à la fois social, politique et historique. La littérature produite par les femmes est en fait une lunette à longue portée qui engage le genre humain dans son entièreté.
― Décidément Sally, vous ne cessez de m’étonner ! Je ne savais pas que vous étiez à ce point passionnée de littérature, vous ne me l’aviez jamais dit, pourquoi ?
― Oh ! J’ai dû garder ce vieux réflexe du temps où les femmes qui lisaient étaient considérées comme des fainéantes. Cela ne se faisait pas à la campagne. Je ne me suis donc jamais vantée de lire tel ou tel livre. D’ailleurs c’est grâce à Mrs Woolf que je suis devenue peu à peu une lectrice, juste une lectrice ordinaire.
Pendant qu’elle parlait, l’idée me vint de lui offrir un lecteur audio pour qu’elle puisse écouter les livres ce qui faciliterait de beaucoup sa vie de lectrice pas si ordinaire que cela.
P.64 : * Virginia Woolf, Une chambre à soi, Bibliothèques 10/18, p.148
P.65 : * Virginia Woolf, Une chambre à soi, Bibliothèques 10/18, p.147
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