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Virginia Woolf

Dernière mise à jour : 13 juin 2021

Écrivaine de génie, critique littéraire et éditrice, Virginia Woolf a fasciné ses contemporains par sa créativité d’avant-garde. Son expérience intime de la folie, transcendée par l’écriture, fait d’elle le chef de file du roman psychologique. Son engagement à défendre les droits des femmes et sa vie de femme libre continuent d’inspirer les féministes d’aujourd’hui.


Mélancolique et suicidaire : on a longtemps réduit Virginia Woolf à ces deux adjectifs. Celle qui a bousculé le roman au début du XXe siècle fut sans doute toujours hantée par le souvenir d’une enfance difficile. Des années durant, elle subit les agressions sexuelles de ses demi-frères, nés d’un premier mariage de sa mère.


Virginia Woolf et la sexualité


Quoique Quentin Bell, son neveu, la qualifiât de « frigide » et de « froide » — je l'évoque dans mon livre « Intrigue chez Virginia Woolf » —, elle aimait parler de sexe.

Étonnante, cette liberté de parole concernant cette jeune femme, élevée dans ce XIXe siècle corseté par les convenances !


Mais au début de leur vie d’adulte, Virginia et sa soeur Vanessa viennent de perdre leur père. En même temps qu’accablées, elles se sentent libres et en confiance, car entourées des amis de leurs frères (Thoby et Adrian Stephen), un groupe de jeunes intellectuels qui veulent refaire le monde. Autour des soeurs Stephen qui deviendront respectivement Virginia Woolf et Vanessa Bell, le groupe de Bloomsbury se forme dans le quartier du même nom à Londres, et où tous les sujets sont abordés. Aucune restriction : la liberté avant tout !


Virginia aime aller au-delà des apparences, mais ce que l’on sait moins, et ce qui paraît logique, c’est que pour réussir cette prouesse, il fallait aussi qu’elle soit au-delà des genres, d’où l’universalité de son discours — voir mon article du 8 août :



Voici un article d'Élisabeth Philippe qui résume parfaitement la relation qu'entretenait Virginia avec Vita Sackville-West :


Frivole, profonde ou angoissée, la correspondance entre Virginia Woolf et sa maîtresse Vita Sackville-West dévoile un autre visage de l’auteur de Mrs Dalloway. Exaltant.
On ne saurait imaginer personnalités plus différentes. Leurs prénoms mêmes marquent le contraste entre les deux femmes. Vita, deux syllabes qui à elles seules suffisent à dire l’impétueuse vitalité de cette aristocrate anglaise, romancière et poétesse avec du sang gitan dans les veines, mariée à un diplomate mais qui ne cache rien de son homosexualité, et que Virginia juge d’abord “plutôt rougeaude et noire et gauche”.
En face, se dresserait, hiératique, la figure virginale de Virginia, reine inaccessible des lettres anglaises, vulnérable et réservée. Une image dans laquelle l’auteur d’Une chambre à soi a bien trop souvent été figée, comme statufiée.
Virginia Woolf sous un jour nouveau
Déjà, sa correspondance avec l’écrivain et critique Lytton Strachey parue l’an passé venait dépoussiérer le mythe Woolf, montrant la romancière sous un jour facétieux et séducteur. Les lettres échangées pendant dix-huit années avec sa maîtresse Vita Sackville-West contribuent elles aussi à refaçonner notre représentation de Virginia Woolf, l’éclairant d’un jour nouveau.
Au fil de cette correspondance, les nuances se dessinent, les deux femmes – terriblement attachantes – sortent du rôle dans lequel il serait si facile de les tenir enfermées. Vita, la voyageuse, l’intrépide, fait part de ses doutes d’écrivaine, de sa quête de solitude. Quant à Virginia, elle se révèle bien moins éthérée que sa légende le laisse croire.
Elles s'échangent aussi des "gossips" mondains.
Espiègle, elle aime échanger des gossips mondains avec son amie, avoue parfois être “pompette”, parle librement de sodomie et peut se montrer coquette ou aguicheuse derrière de pudiques non-dits :
“Si je te voyais me donnerais-tu un baiser ? Si j’étais au lit, est-ce que tu me...”.
Dans une société encore très corsetée, elles font toutes deux preuve d’une liberté de moeurs et de ton avant-gardiste et audacieuse, mais qui n’est pas toujours tolérée. Ainsi, dans une lettre du 17 février 1926, Virginia Woolf écrit : “… J’ai eu des tas d’ennuis avec des parents à moi, des gens âgés. Trois vieux messieurs, aux alentours de la soixantaine, ont découvert que Vanessa (sa soeur) vit dans le péché avec Duncan Grant et que je suis l’auteur de Mrs Dalloway – ce qui équivaut à vivre dans le péché.”
Leurs époux respectifs sont bien plus arrangeants. Au sujet de son mari Harold (lui-même bisexuel), Vita précise avec une charmante désinvolture : “Naturellement il n’est pas jaloux.”
Les deux femmes se rencontrent lors d’un dîner en 1922. Virginia Woolf a alors 40 ans, elle a déjà écrit trois romans et jouit d’une réelle notoriété dans le monde des lettres.
De dix ans sa cadette, Vita est un auteur à succès et Virginia, à la tête de la Hogarth Press avec son mari Leonard, souhaite publier son prochain livre.
D’entrée de jeu, leur coup de foudre est moins physique que littéraire. Vita voue une grande admiration à Woolf –
“Je compare mon écriture d’analphabète à la vôtre, si savante, et je rougis de honte” – et c’est son livre Séducteurs en Equateur qui finit de conquérir Virginia : “… C’est là le genre de chose que j’aimerais écrire moi-même”.
D’abord intellectuelle, leur relation devient charnelle en décembre 1925. Le ton des lettres se fait dès lors nettement plus intime, s’agrémentant de “Ma chérie”, “Très chère créature” et de surnoms affectueux.
Leur liaison tourne à la passion ardente avec effusions et crises de jalousie, avant de s’émousser lentement, mais leur amitié ne se démentira jamais et se prolongera jusqu’à la mort de Virginia Woolf en 1941. Car au-delà de l’attrait physique, un lien bien plus puissant les unit, celui de la littérature.
Si leurs échanges épistolaires se muent parfois en considérations délicieusement frivoles sur la poudre de riz, la coupe à la garçonne ou la dernière liaison d’untel, ils se nourrissent surtout de leurs réflexions sur l’écriture.
Un regard aiguisé sur le monde intellectuel de leur temps
Leurs lettres esquissent en creux un tableau de la vie intellectuelle de l’époque, mentionnant évidemment les membres du groupe de Bloomsbury, le critique d’art Clive Bell ou les peintres Roger Fry et Duncan Grant, mais aussi Aldous Huxley, H.G. Wells, Pirandello, Thomas Hardy, D.H. Lawrence…
Au sein de ses multiples récits de voyage, Vita glisse toujours un mot de ses lectures : Proust qui la “met dans une telle rage”, Gide et bien d’autres. Leur communion atteint son apogée quand Virginia s’attelle à l’écriture d’Orlando, biographie fantasmée dans laquelle le héros, double reconnaissable de Vita, traverse les siècles et change de sexe.
“La plus longue et la plus charmante lettre d’amour de la littérature”, écrira au sujet de ce livre Nigel Nicolson, le fils de Vita.
Orlando-Vita répond à cette magnifique preuve d’amour par ces mots : “Ma chérie, je ne sais pas comment t’écrire, le désir même m’en est presque étranger, tellement je suis comblée et confuse de voir que tu as posé un vêtement aussi splendide sur un support aussi pauvre.”
Mais, malgré l’apparente légèreté qui semble sous-tendre cette correspondance amoureuse, l’angoisse existentielle de Virginia la nimbe d’un voile plus sombre.
Si, pour Vita, l’écriture s’apparente à un défi, pour Virginia il s’agit d’une plongée au fond d’elle-même beaucoup plus douloureuse :“Je crois que l’essentiel lorsqu’on commence un roman est d’avoir l’impression, non pas que l’on est capable de récrire, mais qu’il est là, qu’il existe de l’autre côté d’un gouffre, que les mots sont impuissants à franchir : qu’on ne pourra en venir à bout qu’au prix d’une angoisse à perdre haleine.” Celle-là même qui la poussera au suicide le 28 mars 1941.


Dates

  1. 1882 : naissance le 25 janvier d’Adeline Virginia Stephen, fille de Leslie Stephen, écrivain, et de Julia Duckworth.

  2. 1895 : mort de sa mère ; première période dépressive.

  3. 1897 : mort de sa demi-sœur Stella Duckworth.

  4. 1904 : mort de son père ; deuxième dépression.

  5. 1906 : mort de Thoby, son frère aîné, à 26 ans.

  6. 1912 : épouse Leonard Woolf.

  7. 1913 : tentative de suicide.

  8. 1915 : Leonard l’emmène vivre à la campagne. Parution de son premier roman, "La Traversée des apparences".

  9. 1924 : retour à Londres. Début de sa relation avec Vita Sackville-West.

  10. 1925 : grand succès à la parution de Mrs Dalloway.

  11. 1929 : publication d’ Une chambre à soi, puis des "Vagues" en 1931, et des "Années" en 1937.

  12. 1941 : termine l’écriture d’Entre les actes, son dernier roman, et se suicide le 28 mars.

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