A propos de la littérature…
- Anne-Marie Bougret
- 6 sept. 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 juin 2021
Voici deux extraits d'articles écrits par Virginia Woolf :
La géographie de la littérature
(Literary Geography) Publiée dans le TLS le 10 mars 1905. Virginia Woolf
« Car le paysage d’un écrivain est un territoire à l’intérieur de son cerveau ; nous courons le risque d’être déçus si nous voulons que ces villes fantômes soient faites de brique et de mortier. Nous y faisons notre chemin sans avoir besoin de panneaux indicateurs ou de policiers et nous pouvons saluer les passants sans avoir été présentés. Aucune ville, aucun individu, ne sont plus réels que ceux que nous nous inventons ; chercher à leur trouver un équivalent dans la réalité leur enlève tout leur charme. De même que les morts célèbres viennent en nous s’ils le souhaitent et quand ils le souhaitent, et que leur image est plus palpable et réelle que n’importe quel corps fait de chair et de sang. »
Les mots
BBC le 29 avril 1937. Une partie de l’enregistrement est disponible, c’est le seul où l’on peut entendre la voix de Virginia Woolf.
« Cela prouve, s’il en était besoin, que les mots n’ont pas vraiment de disposition à se rendre utiles. Si nous insistons pour forcer leur nature, en leur demandant de l’être, nous payons cher le fait de nous être trompés, en découvrant comment ils se moquent de nous, comment ils nous blessent. Nous avons été si souvent trompés par les mots, ils nous ont si souvent prouvé qu’ils détestaient être utiles, que c’est dans leur nature même de ne pas exprimer un seul fait, mais un millier de possibilités – et ils l’ont fait tant de fois que, par chance, nous commençons à le comprendre. »
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Voici un texte écrit par Virginia et l’autre par Leonard Woolf.
« Virginia Woolf. – Vous oubliez que nous sommes beaucoup plus nombreux. Aujourd’hui, des milliers de gens se lèvent de table leur journée finie pour lire un livre ou écrire une lettre, alors qu’il y a cent ans c’était pour s’asseoir dans un coin et filer la laine ou sommeiller dans un fauteuil. Pour ma part, je ne pense que du bien du développement des livres. Car, au XVIIIe siècle, seule la middle class bien éduquée en écrivait. L’aristocratie estimait que c’était au-dessous d’elle, la classe ouvrière, au-dessus d’elle. Conséquence, la littérature était devenue le monopole d’une seule classe, elle reflétait ses goûts, flattait ses opinions. À ce jour où tant de livres sont édités, la logique voudrait qu’en parallèle le nombre de bons livres augmente. Le filet est plus large, la pêche en eau plus profonde, cela devrait ramener de plus gros poissons vers le rivage. »
« Leonard Woolf. – La fabrication des livres est devenue un marché, ou plutôt une industrie. Et à mon avis elle n’est pas en très bonne santé – presque aussi mauvaise que celle de l’industrie minière. Car l’on écrit et publie bien trop de livres. Pendant des siècles, leur fabrication était un artisanat, c’était le temps où l’écrivain travaillait avec une plume et de l’encre pendant que l’imprimeur composait le livre à la main. Actuellement, nous en sommes à une industrie à grande échelle, les livres sont dictés à des sténos, tapés à la machine et, à la fn, des monotypes terminent le travail. On a changé d’époque, c’est le triomphe de la mécanique. Les livres étaient écrits par très peu de gens, qui écrivaient parce qu’ils avaient un don ; aujourd’hui, ils sont des milliers à s’y être mis, alors qu’ils n’ont aucun don, tout juste une technique qui relève de l’automatisme, consistant à assembler des mots et à les introduire dans une machine à écrire. Ce qui s’est passé pour les bottes est en train de se passer pour les livres. On fabriquait les chaussures à la main, en petites quantités ; aujourd’hui elles sont fabriquées en usine, en énormes quantités. Et de même que les bottes faites à la main nous allaient mieux et duraient plus longtemps, les livres fabriqués à la main se lisaient mieux et nous convenaient mieux que ceux qui sortent de l’usine.
On ne dirait pas que Virginia Woolf est dépressive. Je lui trouve au contraire un ton enthousiaste et plein d'espoir pour le futur, tout en étant très lucide sur les injustices de classe. Et vous, qu'en pensez-vous ?
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Ah je suis heureuse de savoir que tu reçois mes publications, car toutes les autres se sont envolées ! C’est vrai ce que tu dis au sujet du tempérament des suicidaires, la preuve avec Virginia Woolf ! Bisous et bonne journée ! 😘
Bonjour Anne-Marie, je reçois tes mails de ton blog régulièrement. Pas de panne pour les abonnés 🤔
Les tempéraments aux suicides ne sont pas tous pessimismes. Une déception peut tout faire basculer.
Bises Sabrina
Merci brinailsf13, Je vous remercie pour ce commentaire inespéré, car mon blog est en panne depuis aujourd'hui et je l'espère pour peu de temps. Je n'avais même pas accès à cet article, grâce à vous je l'ai retrouvé. J'espère aussi que ma réponse vous parviendra. Non, bien sûr, Leonard Woolf n'a pas tort. Mais c'est tout de même curieux que celle qui s'est suicidée soit la plus optimiste et enthousiaste des deux. On sent une ferveur chez Virginia qui me plaît et m'interpelle. A bientôt ! Bonne fin de soirée. 😊
Bonsoir Anne Marie, le texte de Léonard Wolf est bien plus concervateur mais tout n'est pas faux. L'industrie n'est pas une solution pour tout. L'artisanat aura toujours sa place. Je pense que chaque livre trouve son public.
Tant qu'il y aura des écrivains connus ou en herbe plus il y aura de futurs lecteurs touchés par des sujets ou une écriture différente. Cela reste mon avis 🤔 bises 😊